{Blog à l'intention de m'man}

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Tuesday, September 27, 2011

Dernière corrida catalane

Salut m'man,

On a célébré ce dimanche la dernière corrida de la "Plaza de Toros Monumental" de Barcelone. Le 1er janvier 2012 entrera en vigueur la loi (votée en juillet 2010) qui rendra illégale la tauromachie en Catalogne. Pas besoin d'être un grand politologue pour comprendre que la démarche visait avant tout à affirmer le caractère distinct du peuple catalan face à la culture espagnole. La tauromachie est, avec le flamenco, l'expression la plus authentique de l'identité espagnole.

Mise à part la sous-question politique, le camp en faveur de l'interdiction compte surtout des militants des droits des animaux. Leur principal argument - qui est de poids - est celui de la torture infligée à l'animal durant la corrida. Je suis d'accord. Mais c'est facile de simplifier ainsi le problème et d'oublier tout le reste. Je demande souvent à ceux qui se prononcent contre cette pratique si ils mangent de la viande. Une chose ne justifie pas l'autre, mais il suffit de regarder les conditions dans lesquelles sont élevées les animaux qu'on mange pour se rendre compte qu'un raisonnement cohérent excluerait aussi la consommation de la viande qu'on retrouve au supermarché.

Les taureaux bravos grandissent en liberté dans d'énormes champs et sont traités comme des rois. Les dernières minutes de leur vie sont certes sanglantes et douloureuses, mais le combat qu'ils livrent au torero est un spectacle qui suit des règles strictes - c'est d'ailleurs un spectacle empreint de bravoure et de poésie.

Une autre façon de voir les choses me vient de l'excellent livre de Joseph Facal. La corrida illustre une façon de voir la vie, ou plutôt la mort, qui est très peu nord-américaine. Une corrida est un mélange d'expression artistique, d'habilité, et de "mort". Celle à laquelle s'expose les deux protagonistes (oui je sais, l'humain gagne pratiquement toujours), celle que l'on voit se produire sous nos yeux à quelques mètres seulement. C'est sûrement cette façon de transformer la mort d'un animal en spectacle qui choque tant...mais je ne suis pas de ceux qui mettent les animaux sur le même pied que les humains.

En fait, suite à la lecture du livre "...ou tu porteras mon deuil" lors de mon premier voyage en Espagne, j'avais été tellement fasciné par la fiesta que j'avais acheté un billet Barcelone-Séville pour voir une corrida de mes propres yeux. C'est un spectacle difficile à voir si on n'y est pas préparé, mais j'ai aussi pu voir la beauté et la force auxquelles je m'attendais.

Bref, mon sentiment est ambivalent. Pas mécontent de son interdiction ici, mais il faut savoir aussi respecter l'autre point de vue, ce que les militants anti-pêche aux phoques ont parfois de la difficulté à faire.

Affiche de la dernière corrida conçue par le peintre Miquel Barceló.